Je n’ai pas grandi avec des mots doux.
J’ai grandi avec des attentes.
Avec l’idée qu’il fallait être forte, performante, discrète dans ce que je ressentais.
Quand j’étais enfant, mon corps parlait déjà.
Migraines.
Épuisement.
Anxiété que je ne savais pas nommer.
À l’époque, on ne cherchait pas à comprendre.
On demandait d’avancer.
De continuer.
De ne pas faire de vagues.
Alors j’ai appris à survivre.
Aujourd’hui, quand j’entends des phrases comme
« tu n’iras pas loin »
ou quand je vois la pression mise sur les enfants pour performer,
je reconnais cette vieille violence invisible.
Celle qui ne laisse pas de bleus,
mais qui s’imprime profondément.
Mes filles m’ont ramenée à l’essentiel.
À ce que j’aurais eu besoin d’entendre, moi.
Je les observe apprendre autrement.
Avec leurs forces.
Leurs défis.
Leur sensibilité.
Et je fais un choix conscient :
ne pas répéter ce qui m’a brisée lentement.
Je refuse que leurs erreurs deviennent des étiquettes.
Je refuse que leur valeur dépende d’un cahier, d’une note ou d’un regard extérieur.
La réussite, pour moi, a changé de sens.
Ce n’est plus avancer coûte que coûte.
C’est écouter.
Respecter.
Protéger.
Parce qu’un enfant qu’on comprend devient un adulte qui se fait confiance.
Et parce que réparer commence souvent par ce qu’on choisit de faire différemment.