Quand j’étais petite, je n’avais pas les mots pour dire que quelque chose n’allait pas.
Alors c’est mon corps qui a parlé.
Il parlait par des migraines trop fortes pour mon âge.
Par des moments où ma vision devenait noire.
Par des pertes de connaissance qui faisaient peur, mais auxquelles on ne donnait pas toujours de sens.
Il parlait aussi par l’anxiété.
Les crises de panique.
Les ongles rongés jusqu’à disparaître.
Ce corps trop petit, incapable de prendre du poids,
comme s’il essayait de se faire oublier pour déranger le moins possible.
Je n’étais pas fragile.
Je n’exagérais pas.
Je faisais ce que je pouvais avec ce que j’avais.
Mon corps portait ce que je n’avais pas les mots pour exprimer.
Il encaissait ce que je n’arrivais pas à comprendre.
Il survivait, à sa façon.
Avec le temps, on apprend à fonctionner.
À tenir.
À normaliser la douleur.
À croire que c’est « juste comme ça ».
Puis un jour, on devient adulte.
Et on se demande pourquoi on est si fatiguée.
Pourquoi on ressent tout si fort.
Pourquoi le corps lâche quand l’esprit voudrait encore avancer.
Aujourd’hui, je comprends.
Je comprends que ces signes n’étaient pas des caprices.
Ils étaient des appels.
Des appels d’une enfant qui aurait eu besoin d’être vue, entendue, rassurée.
Si je suis devenue une adulte attentive aux signaux,
si je ressens avant que ça déborde,
si je prends au sérieux ce que d’autres minimisent,
ce n’est pas une faiblesse.
C’est la trace d’un corps qui n’a jamais cessé de protéger l’enfant que j’étais.
Et aujourd’hui,
l’écouter n’est pas un retour en arrière.
Ce n’est pas une fragilité.
C’est une réparation.