Il y a des moments dans la vie où on ne réalise pas doucement.
On réalise parce que quelque chose casse.
Pour moi, il a fallu frapper un mur.
Pas un mur symbolique.
Un mur réel, brutal, sans avertissement.
J’aurais aimé dire que j’ai écouté les premiers signaux.
Que j’ai ralenti à temps.
Que j’ai pris soin de moi avant de m’effondrer.
Mais la vérité, c’est que je ne savais pas comment m’arrêter.
J’ai longtemps cru que tenir était une qualité.
Que continuer malgré tout était une force.
Que mon corps finirait par suivre si ma tête décidait d’avancer.
Il ne l’a pas fait.
Mon corps a commencé à parler plus fort que moi.
Crises de panique.
Anxiété généralisée.
Fatigue extrême, au point de devoir prendre de la médication simplement pour rester éveillée.
Des douleurs constantes.
Des migraines présentes depuis l’enfance, devenues envahissantes.
La fibromyalgie.
Le stress post-traumatique.
Ce n’est pas arrivé du jour au lendemain.
Mais le point de rupture, lui, a été brutal.
Un jour, mon système a dit : ça suffit.
Et ce qui a été le plus difficile à accepter,
ce n’est pas la douleur,
c’est la perte de contrôle.
Ne plus pouvoir fonctionner comme avant.
Ne plus pouvoir “forcer”.
Ne plus pouvoir ignorer.
Pendant longtemps, j’ai cru que mon corps me trahissait.
Qu’il m’empêchait d’être celle que j’avais toujours été.
Aujourd’hui, je comprends que c’est l’inverse.
Mon corps m’a sauvée.
Il a absorbé des années de stress,
de vigilance constante,
d’adaptation,
de survie.
Il a tenu jusqu’à ce qu’il ne puisse plus.
Les crises de panique n’étaient pas une faiblesse.
L’anxiété n’était pas un manque de volonté.
L’épuisement n’était pas un échec.
C’étaient des messages.
Des messages que je n’avais jamais appris à écouter,
parce que j’avais appris trop tôt à passer après.
Le stress post-traumatique ne s’est pas installé parce que je suis fragile.
Il s’est installé parce que mon système nerveux a vécu trop longtemps en alerte.
La fibromyalgie n’est pas “dans ma tête”.
Elle est dans un corps qui n’a jamais eu de vraie pause.
Aujourd’hui, je n’essaie plus de redevenir celle que j’étais avant.
Parce que celle que j’étais avant survivait.
Je suis en train d’apprendre autre chose :
écouter,
ralentir,
respecter mes limites,
même quand mon mental voudrait encore pousser.
Ce n’est pas un chemin linéaire.
Il y a des jours de lucidité,
et des jours de fatigue profonde.
Mais il y a une chose que je sais maintenant :
ignorer son corps coûte toujours plus cher que de l’écouter.
Si j’écris ce texte, ce n’est pas pour faire peur.
C’est pour dire ceci :
On n’a pas besoin d’attendre de frapper le mur.
Mais parfois, quand on ne connaît que la survie,
le corps devient le seul moyen de nous arrêter.
Et même si l’arrêt est violent,
il peut aussi devenir le début d’un autre rapport à soi.
Plus doux.
Plus vrai.
Plus vivant.