Il y a un tabou dont on parle peu quand on traverse l’épuisement profond,
l’anxiété,
le stress post-traumatique.
La médication.
Pas celle qu’on prend “par confort”.
Celle qu’on prend parce que le corps ne suit plus.
Parce que le système est à bout.
Parce que sans aide, on ne tient tout simplement plus debout.
Quand j’ai commencé à en avoir besoin,
je me suis sentie coupable.
Comme si prendre de la médication voulait dire que j’avais échoué.
Que je n’étais pas assez forte.
Que je n’avais pas “bien fait” mon cheminement.
Je me disais :
Avec tout ce que j’ai compris… pourquoi mon corps ne suit-il pas ?
Mais comprendre ne répare pas un système nerveux épuisé.
Mon corps avait encaissé trop longtemps.
Il avait fonctionné en mode survie pendant des années.
Et rendu là, ce n’était plus une question de volonté.
C’était une question de survie réelle.
La médication n’est pas arrivée comme une solution magique.
Elle est arrivée comme une béquille.
Un appui temporaire.
Un filet pour éviter de tomber plus bas.
Prendre quelque chose pour rester éveillée.
Pour calmer l’anxiété.
Pour diminuer l’intensité des crises.
Ce n’était pas un choix facile.
C’était un choix nécessaire.
Et pourtant, la culpabilité était là.
La peur de dépendre.
La peur du jugement.
La peur d’être perçue comme faible.
Mais à un moment donné,
j’ai compris une chose essentielle :
on ne reproche pas à quelqu’un de porter un plâtre quand l’os est cassé.
Pourquoi se reprocher d’aider un système nerveux blessé ?
La médication ne m’a pas enlevé mes émotions.
Elle ne m’a pas anesthésiée.
Elle m’a donné assez de stabilité
pour que je puisse respirer.
Assez d’espace
pour écouter mon corps au lieu de lutter contre lui.
Assez de répit
pour travailler sur ce qui devait réellement guérir.
Elle n’a pas remplacé le chemin.
Elle l’a rendu possible.
Aujourd’hui, je ne vois plus la médication comme un échec.
Je la vois comme un outil.
Un soutien.
Une preuve que j’ai cessé de me faire violence.
Peut-être qu’un jour je n’en aurai plus besoin.
Peut-être que oui.
Mais ce qui compte,
ce n’est pas l’étiquette.
C’est la qualité de vie.
La dignité.
La capacité de fonctionner sans se détruire.
Se soigner,
ce n’est pas abandonner.
C’est reconnaître ses limites
et choisir de rester en vie,
présente,
humaine.
Et parfois,
le vrai courage,
ce n’est pas de tenir sans aide,
mais d’accepter d’en recevoir.