Apprendre à vivre avec un corps traumatisé

Publié le 12 janvier 2026 à 16:29

On ne se réveille pas un matin en se disant :
« Mon corps est traumatisé. »

On se réveille fatiguée.
Tendue.
Hypervigilante.
Avec un corps qui réagit avant même que la tête comprenne.

Pendant longtemps, j’ai cru que mon corps était devenu mon ennemi.
Qu’il exagérait.
Qu’il me limitait.
Qu’il m’empêchait d’avancer.

Je voulais retrouver le contrôle.
Revenir comme avant.
Fonctionner normalement.

Mais un corps traumatisé ne fonctionne plus à la volonté.
Il fonctionne à la sécurité.

Le mien a appris trop longtemps à rester en alerte.
À anticiper.
À se préparer au pire.
À ne jamais vraiment se reposer.

Alors aujourd’hui, il réagit fort à des choses qui semblent anodines.
Un bruit.
Un regard.
Une pression.
Une attente.

Ce n’est pas de la faiblesse.
C’est de la mémoire.

La mémoire du corps.

Vivre avec un corps traumatisé, c’est apprendre que certaines réactions ne sont pas rationnelles…
mais qu’elles sont logiques.

Les crises de panique ne sont pas des caprices.
L’anxiété n’est pas un manque de contrôle.
La fatigue écrasante n’est pas de la paresse.

C’est un système nerveux qui n’a jamais appris ce que c’est, la sécurité durable.

Pendant longtemps, j’ai essayé de forcer la guérison.
De me dire que ça allait passer.
Que je devais juste être plus forte.

Mais on ne guérit pas un corps traumatisé en le brusquant davantage.

On guérit en ralentissant.
En écoutant.
En respectant.

Apprendre à vivre avec ce corps-là,
ça veut dire accepter que certains jours seront plus lourds.
Que l’énergie n’est plus constante.
Que le repos devient une nécessité, pas un luxe.

Ça veut dire revoir sa définition de la productivité.
Du courage.
De la force.

Ça veut dire apprendre à reconnaître les signes avant-coureurs.
Les tensions.
L’irritabilité.
Le brouillard mental.

Et s’arrêter avant l’effondrement.

Ce n’est pas un abandon.
C’est une forme de maturité.

Aujourd’hui, je n’essaie plus de contrôler mon corps.
J’essaie de lui offrir ce qu’il n’a jamais eu assez longtemps :
de la sécurité.

De la douceur.
De la prévisibilité.
Du respect.

Vivre avec un corps traumatisé,
ce n’est pas renoncer à la vie.
C’est apprendre à la vivre autrement.

Plus lentement, parfois.
Plus consciemment.
Mais avec moins de violence envers soi-même.

Et même si ce chemin est long,
il est infiniment plus juste
que celui où je m’obligeais à tenir à tout prix.