Il y a des décisions qu’on ne prend pas avec enthousiasme.
Pas avec soulagement non plus.
On les prend avec le cœur serré,
mais la tête claire.
Décider pour ses enfants, ce n’est jamais léger.
Même quand on sait qu’on fait la bonne chose.
Même quand toutes les raisons sont là.
Parce qu’aimer, ce n’est pas seulement protéger du danger visible.
C’est aussi protéger de ce qui use lentement.
Des absences répétées.
Des incohérences.
Des espoirs qui se construisent pour ensuite s’effondrer.
Comme mère, j’ai longtemps attendu.
Pas par faiblesse.
Par prudence.
Parce que je voulais être certaine.
Parce que je portais la responsabilité de ne pas me tromper.
J’ai tout pesé.
Les conséquences.
Les questions futures.
Les silences que ça créerait.
Les incompréhensions possibles.
Et surtout, j’ai observé mes enfants.
Leur manière de réagir.
Leurs questions.
Leur façon de se replier ou de se protéger sans savoir mettre de mots.
Un parent n’a pas besoin d’être violent pour laisser des traces.
L’absence suffit parfois.
À un moment donné, continuer à attendre devenait plus dommageable
que prendre une décision difficile.
Et c’est là que j’ai compris une chose essentielle :
ne rien faire est aussi un choix.
Et parfois, c’est celui qui coûte le plus cher aux enfants.
Porter cette décision, ce n’est pas effacer un parent.
Ce n’est pas réécrire l’histoire.
Ce n’est pas punir.
C’est reconnaître la réalité telle qu’elle est vécue au quotidien.
Je n’ai pas pris cette décision pour avoir raison.
Je l’ai prise pour apaiser.
Pour stabiliser.
Pour offrir un cadre clair.
J’ai accepté d’être celle qui porterait le poids.
Celle qui répondrait aux questions.
Celle qui serait parfois incomprise.
Parce qu’un enfant ne devrait jamais porter la responsabilité émotionnelle des adultes.
Comme mère, j’ai choisi la cohérence plutôt que l’illusion.
La sécurité plutôt que l’espoir vide.
La stabilité plutôt que les demi-présences.
Ce choix ne m’a pas rendue plus dure.
Il m’a rendue plus ancrée.
Aujourd’hui, je sais que protéger ne veut pas dire contrôler.
Ça veut dire observer, ressentir, agir quand il le faut.
Même quand ça fait mal.
Même quand c’est lourd.
Même quand on aurait aimé que les choses soient autrement.
Je porte cette décision avec calme.
Sans haine.
Sans justification.
Parce que mon rôle n’a jamais été de maintenir des apparences.
Mon rôle a toujours été de protéger ce qui m’a été confié.
Et parfois, aimer ses enfants,
c’est accepter de devenir la personne qui tranche,
pour qu’eux puissent simplement être des enfants.