Changer un nom n’est jamais un geste anodin.
Ce n’est pas une décision qu’on prend à la légère.
Encore moins quand il s’agit de ses enfants.
Un nom, ce n’est pas qu’un mot.
C’est une appartenance.
Un repère.
Une histoire qu’on porte avant même de la comprendre.
Pendant longtemps, j’ai cru qu’il fallait préserver le nom à tout prix.
Par principe.
Par loyauté.
Parce que “c’est comme ça”.
Mais avec le temps, j’ai compris une chose essentielle :
un nom n’a de valeur que s’il protège.
Quand un nom devient lourd à porter,
quand il rappelle une absence plutôt qu’une présence,
quand il rattache à un lien qui n’existe plus réellement,
il cesse d’être un repère sécurisant.
Mes filles n’ont pas perdu un père.
Elles ont surtout grandi sans en avoir un au sens profond du mot.
Et mon rôle, à moi, n’a jamais été de maintenir une apparence,
mais de protéger leur équilibre intérieur.
Changer un nom, ce n’est pas effacer quelqu’un.
Ce n’est pas nier une origine biologique.
Ce n’est pas réécrire l’histoire.
C’est reconnaître la réalité telle qu’elle est vécue par l’enfant.
Un enfant a besoin de cohérence.
De stabilité.
De sécurité.
Porter le même nom que le parent qui élève, qui protège, qui est présent au quotidien,
ce n’est pas un rejet.
C’est un ancrage.
Ce choix ne vient pas de la colère.
Il ne vient pas d’un désir de vengeance.
Il vient d’un instinct de mère.
L’instinct qui dit :
“Mon enfant a le droit de se sentir en sécurité dans son identité.”
“Mon enfant a le droit de ne pas porter un poids qui ne lui appartient pas.”
Chaque enfant vit cette réalité à sa façon.
Certains la comprennent.
D’autres la ressentent sans encore pouvoir la nommer.
Et c’est à l’adulte de porter la décision avec responsabilité,
sans faire peser le fardeau émotionnel sur leurs épaules.
Ce choix n’enlève rien à personne.
Mais il ajoute quelque chose d’essentiel :
la cohérence entre le quotidien et l’identité.
Changer un nom, parfois,
c’est simplement aligner l’extérieur avec ce qui est déjà vrai à l’intérieur.
Ce n’est pas rompre un lien.
C’est reconnaître celui qui existe réellement.
Et comme mère,
ma loyauté n’a jamais été envers une convention,
mais envers le bien-être de mes enfants.
Toujours.