Le père de mes filles

Publié le 12 janvier 2026 à 09:07

Il y a des sujets qu’on évite longtemps.
Pas parce qu’on n’a rien à dire,
mais parce qu’on a trop porté.

Parler du père de mes filles n’a jamais été simple.
Pas par respect pour lui.
Mais par protection pour elles.
Et, pendant longtemps, par fatigue aussi.

On idéalise beaucoup le rôle de père.
On le sacralise.
On suppose qu’il suffit d’un lien de sang pour que l’amour, la responsabilité et la présence suivent naturellement.

La réalité est parfois tout autre.

Être père, ce n’est pas un titre.
Ce n’est pas un nom sur un acte de naissance.
Ce n’est pas une obligation légale qu’on subit à contrecœur.

Être père, c’est un engagement.
Une constance.
Une sécurité.

Et parfois, malgré tout ce qu’on a espéré, cet engagement n’existe pas.

J’ai longtemps tenté de compenser.
D’expliquer.
De minimiser.
De protéger mes filles du vide sans trop le nommer.

J’ai porté seule ce qui aurait dû être partagé.
Les responsabilités.
Les décisions difficiles.
Les nuits sans réponses.
Les questions auxquelles je ne savais pas toujours quoi dire.

Et pendant que je faisais de mon mieux pour rester droite,
lui se plaçait souvent dans le rôle de la victime.
De celui à qui on enlève.
De celui qu’on empêche.

Alors que la vérité est plus simple, et plus dure à la fois :
on ne perd pas ce qu’on ne prend jamais réellement.

Depuis plusieurs années maintenant, il n’y a plus de contact.
Pas par vengeance.
Pas par caprice.
Mais parce que protéger est devenu plus important que maintenir un lien vide de sens.

Un père absent n’est pas neutre.
Il laisse des traces.
Des silences.
Des incompréhensions.

Et mon rôle, à moi, a été de m’assurer que ces absences ne deviennent pas des blessures ouvertes.

J’ai appris une chose essentielle :
les enfants n’ont pas besoin de promesses.
Ils ont besoin de cohérence.

Ils n’ont pas besoin d’un parent qui apparaît quand ça lui convient.
Ils ont besoin d’un adulte stable, fiable, sécurisant.

Quand cette stabilité n’est pas possible,
la vraie responsabilité parentale est parfois de mettre une distance.

Pas pour punir.
Mais pour préserver.

Aujourd’hui, je n’attends plus rien de lui.
Ni reconnaissance.
Ni implication.
Ni réparation.

Je ne nourris plus de colère non plus.
Il y a eu un temps pour ça.
Il est passé.

Il reste surtout une immense clarté.

Mes filles méritent mieux que des demi-présences.
Mieux que des rôles joués.
Mieux que de porter un lien qui ne les protège pas.

Elles méritent des adultes qui choisissent d’être là.
Pas des géniteurs qui disparaissent.

Ce texte n’est pas une attaque.
C’est un positionnement.

Parce qu’à un certain moment, aimer ses enfants,
c’est aussi accepter de nommer ce qui n’est plus,
et de cesser d’espérer à la place de quelqu’un d’autre.

Je n’ai pas choisi cette situation.
Mais j’ai choisi ce que j’en fais.

Et aujourd’hui, mon instinct me guide plus que les apparences.
Ma loyauté va à mes filles.
Et ma paix aussi.