Je n’ai pas grandi avec un père sécurisant.
Et plus tard, je n’ai pas choisi le père idéal pour mes enfants.
Ce constat, je l’ai mis du temps à pouvoir l’écrire sans honte.
Parce qu’on porte souvent une double culpabilité :
celle de l’enfant qui n’a pas reçu,
et celle du parent qui a peur de reproduire.
Pendant longtemps, je me suis demandé comment j’en étais arrivée là.
Comment on peut reconnaître certaines absences…
et malgré tout, les revivre sous une autre forme.
La réponse n’est pas simple.
Et surtout, elle n’est pas accusatrice.
On ne choisit pas toujours en pleine conscience quand on n’a jamais appris ce que c’est, un lien sécurisant.
On compose avec ce qu’on connaît.
Avec ce qu’on a normalisé trop tôt.
Mais il y a une différence fondamentale entre répéter et transmettre.
Répéter, parfois, ça arrive malgré soi.
Transmettre, c’est un choix.
Et c’est là que quelque chose s’est arrêté avec moi.
Je n’ai pas pu offrir à mes filles un père présent et engagé.
Pas parce que je n’ai pas essayé.
Mais parce qu’on ne peut pas créer un parent à la place de quelqu’un d’autre.
Par contre, j’ai refusé de leur transmettre le silence.
La confusion.
La normalisation de l’absence.
L’idée qu’il faut mériter l’amour ou s’adapter à ce qui fait mal.
J’ai refusé qu’elles portent la responsabilité émotionnelle des adultes.
J’ai refusé qu’elles apprennent à comprendre avant d’être comprises.
J’ai refusé qu’elles grandissent en croyant que l’instabilité est normale.
J’ai mis des limites que je n’ai jamais vues enfant.
J’ai nommé ce qui n’était pas sain.
J’ai protégé, même quand c’était inconfortable.
Même quand ça me plaçait seule.
Briser un cycle, ce n’est pas faire les choses parfaitement.
C’est faire les choses consciemment.
C’est accepter de voir ce qui a été.
Sans le nier.
Sans le maquiller.
Mais sans le laisser continuer.
Aujourd’hui, je sais une chose avec certitude :
mes filles ne porteront pas les mêmes manques que moi.
Pas parce que leur histoire est parfaite.
Mais parce qu’elle est honnête.
Encadrée.
Sécurisée.
Je n’ai pas choisi les pères qu’elles ont eus.
Mais j’ai choisi ce que je leur transmets.
Et parfois,
ça suffit à changer toute une lignée.