Mon grand-père, son dernier souffle

Publié le 9 février 2026 à 20:37

Le jeudi 12 juin, nous étions là.
Moi, ma mère, mon oncle et la conjointe de mon grand-père.
Dans la chambre, le temps semblait ralentir.

L’infirmière nous avait dit plus tôt que son départ ne se ferait probablement pas aujourd’hui.
Alors on a parlé.
On a partagé des souvenirs.
Et, à un moment donné… on a ri.

Avant ce jour-là, il y avait eu des choix à faire.
Des choix difficiles.

Ma mère trouvait que je passais trop de temps là-bas. Que je devais rentrer m’occuper de mes filles.
Mais pour moi, c’était non négociable.

Mes filles, je savais que j’aurais encore du temps avec elles.
Du temps pour vivre, aimer, réparer, créer des souvenirs.
Mais lui… après, je ne pourrais plus jamais le revoir.

J’avais besoin d’être là.
Parce que c’était crucial pour moi.
Parce que j’espérais, au fond de moi, être présente jusqu’à la fin.

Il y avait aussi une autre raison, plus silencieuse.
Ce moment-là, je ne l’avais pas eu avec ma grand-mère.
À cause de la COVID, je n’avais pas pu être là comme je l’aurais voulu. Pas cet au revoir. Pas ce dernier souffle.
Et cette absence-là m’était restée dans le corps.

Alors avec mon grand-père, je ne voulais pas revivre ça.
Je voulais être là. Vraiment. Jusqu’au bout.

Ce matin-là, avant son départ, je l’ai probablement dit à mon oncle, dans la chambre.
Et je me demande encore aujourd’hui s’il m’a entendue.

Environ une heure avant qu’il nous quitte, je lui ai fait jouer une chanson.
Mon père.

Une chanson qu’il aimait.
Une chanson qui disait exactement ce qu’on n’arrivait plus à mettre en mots.
Ce qu’il représentait.
Ce qu’il avait été pour nous.

C’était important pour moi qu’il l’entende une dernière fois.
Comme un merci.
Comme un au revoir.
Comme une façon de lui dire qu’il avait été un pilier.

Puis, sans prévenir, mon grand-père a ouvert les yeux.
Il m’a regardée.

Sans filtre, j’ai dit :
« J’ai-tu halluciné ou il a ouvert les yeux ? »

Il m’avait bel et bien regardée.

L’infirmière nous a alors dit doucement :
« À mon avis, ça va aller plus vite qu’on pense. »

À 15 h, mes filles m’ont appelée.
Et au même moment, mon grand-père a pris son dernier souffle.

Aujourd’hui, je crois qu’il est parti en paix.
À cause de notre rire, justement.
Parce que c’est ce qu’il voulait : qu’on se souvienne de lui dans la lumière, pas dans la tristesse.

Et aussi parce qu’au moment même de son dernier souffle, il a entendu une dernière fois la voix de mes filles.
Comme si tout ce qu’il aimait le plus était réuni, là, en même temps.

J’aime penser qu’il est parti enveloppé de ça.
D’amour.
De vie.
De paix.

Il est parti comme il a vécu.
Entouré.
Aimé.
Sans être seul.

Et moi, j’étais là.
Jusqu’à la fin.