On était séparés depuis trois mois.
Après deux ans ensemble.
Une décision qu’on avait prise à deux.
Difficile. Réfléchie.
Un amour impossible… et on le savait.
Mais lui ne l’a jamais vraiment accepté.
Le 20 avril 2021, je n’aurais jamais cru que cet appel serait la dernière fois que j’entendrais sa voix.
Il m’a appelée vers 10h30 ce matin-là.
Un mercredi.
On a parlé presque une heure.
Il pleurait.
Il me disait à quel point la séparation était difficile.
Qu’il avait quitté sa job pour aller travailler dans le Nord.
Changer d’air. Se changer les idées.
Vers 14h30, il m’a envoyé un message :
« Je suis désolé. Je t’aime. »
Avec un ange.
Je n’ai pas fait le lien.
Trois semaines plus tôt, il avait déjà fait une tentative.
Il avait essayé de se gazer dans son garage.
Il m’avait déjà dit :
« La prochaine fois, je ne me manquerai pas. »
On savait qu’il n’allait pas bien.
J’avais appelé le 811 pour les aviser.
Mais quand ils l’appelaient, il répondait que tout allait bien.
Il ne dormait plus.
Il buvait.
Il se stationnait devant chez moi du matin au soir.
Il était déjà venu avec vingt roses.
Une semaine avant, il parlait à ma mère de mariage et de chalet.
Le mardi, mon propriétaire l’avait croisé dehors.
Le jeudi 22 avril, son ami m’appelle.
Il essaie de le rejoindre depuis la veille 15h.
Aucune réponse.
Il est 17h.
J’ai mes filles avec moi.
Et là… je comprends.
Je pars chez lui.
Aucune trace dans la neige.
Aucun signe de passage.
Dans ma tête, je tente encore de me convaincre que c’est impossible.
Qu’il est juste parti.
Qu’il va répondre.
Une partie de moi savait.
L’autre refusait.
Je voulais entrer dans le garage.
Je savais comment le déverrouiller sans clé.
C’était moi qui étais censée ouvrir cette porte.
Mais mon amie ne m’a pas attendue.
Elle a cassé la vitre pour entrer.
En route, elle m’a appelée en hurlant :
« Ne viens pas. Tu avais raison. »
Il était là.
Je n’ai pas vu la scène.
Mais je la vois quand même.
Je me suis effondrée.
J’étais la dernière personne à qui il avait parlé.
La dernière à qui il avait écrit.
Et ce message que je n’ai pas compris sur le coup…
je le porte encore.
Puis il y a eu les policiers.
Les questions.
Les regards.
Et cette phrase :
Que le fait qu’il se stationnait constamment devant chez moi…
qu’il était obsédé par la séparation…
aurait pu nous impliquer dans son suicide.
Qu’on avait été chanceux qu’il l’ait fait seulement pour lui.
Chanceux.
Comme si, en plus de la perte,
il fallait porter l’ombre d’une culpabilité.
Je me suis repassé chaque appel.
Chaque message.
Chaque silence.
On dit que le suicide est un geste individuel.
Mais il laisse des survivants.
Il laisse des questions sans réponses.
Il laisse des nuits blanches.
Il laisse une culpabilité qui ne nous appartient pas…
mais qui colle quand même.
Chaque appel pourrait être le dernier.
Et quand il l’est,
il ne tue pas qu’une seule personne.
Il fracasse tout autour.
Et ceux qui restent
apprennent à vivre
avec ce qui ne s’effacera jamais.