Il y a un deuil dont on parle peu.
Parce qu’il ne concerne ni une personne,
ni une relation clairement définie.
C’est le deuil de soi.
De celle que j’étais avant que mon corps dise stop.
Avant que la fatigue m’oblige à ralentir.
Avant que je comprenne que survivre n’est pas vivre.
J’ai perdu une version de moi que je croyais forte.
Celle qui tenait debout coûte que coûte.
Celle qui encaissait sans trop se plaindre.
Celle qui continuait même quand tout criait d’arrêter.
Cette femme-là, je l’ai admirée longtemps.
Elle m’a permis de traverser beaucoup.
Elle m’a protégée, à sa façon.
Mais elle s’est épuisée.
Faire le deuil de cette version de moi,
ce n’est pas la renier.
C’est reconnaître qu’elle a fait tout ce qu’elle pouvait
avec les outils qu’elle avait.
Ce deuil est étrange,
parce qu’il est mêlé de tristesse et de soulagement.
Tristesse de ne plus pouvoir fonctionner comme avant.
De ne plus avoir la même énergie.
La même capacité à pousser, à performer, à endurer.
Soulagement de ne plus avoir à le faire.
J’ai dû accepter que je ne serai plus jamais
celle qui passe par-dessus tout.
Celle qui minimise ses douleurs.
Celle qui fait semblant que ça va.
Et ça m’a fait peur.
Parce que quand on s’est définie longtemps par la résilience,
qu’est-ce qu’il reste quand on ne peut plus tenir ?
Il reste quelque chose de plus fragile…
mais aussi de plus vrai.
Aujourd’hui, je suis en train d’apprendre
à être quelqu’un qui s’écoute.
Quelqu’un qui respecte ses limites.
Quelqu’un qui ne se prouve plus sa valeur par l’épuisement.
Ce deuil n’est pas linéaire.
Il y a des jours où l’ancienne moi me manque.
Des jours où j’aimerais retrouver cette force brute,
cette capacité à avancer sans sentir.
Mais je sais maintenant le prix que ça m’a coûté.
Et je choisis autre chose.
Je choisis une force plus douce.
Une force qui ne détruit pas le corps pour protéger le mental.
Une force qui accepte de ralentir sans se juger.
Faire le deuil de celle que j’étais,
c’est faire de la place
pour celle que je deviens.
Et même si ce chemin est inconfortable,
il est enfin honnête.